Le “Te Deum” de Lalande

« Te Deum laudamus », nous vous louons O Dieu, voici comment, tout au long du XVIè et du XVIIè siècle, on a célébré les victoires, rythmé les processions, honoré des papes. Cet hymne très ancien, mis en mélodie selon toute vraisemblance vers le XIIè siècle, exprime la louange et l’action de grâce. Il est présent tout au long de l’année dans la liturgie des heures (prières quotidiennes de la liturgie romaine).
Michel Richard de Lalande compose son Te Deum en 1684, un an après avoir été choisi par Louis XIV en tant qu’un des quatre sous-maîtres de la Chapelle royale, à l’âge de 27 ans. La fonction consiste à diriger quotidiennement l’office et à composer les œuvres associées, pendant son « quartier », c’est-à-dire le quart de l’année pour lequel on était nommé. Ces œuvres sont des « motets », forme musicale française apparue au XIIIè siècle et développée sous la forme de « grand motet » par Lully.
L’abbé Perrin lui donna en 1665 cette définition : « Une pièce variée de plusieurs chants ou musiques liées, mais différentes … Toutefois la variété de la pièce sera encor plus grande & la composition plus facile pour le Musicien, quand il y aura une variété affectée dans les Stances & dans les Versets, & qu’ils seront composez pour un changement continuel … » (Cantica pro capella Regis)
Il est écrit dans la tonalité de Ré M, associée généralement aux airs éclatants, « joyeux et très guerriers » (Charpentier, Règles de composition,  1690), ou selon Rameau à un « Chant d’allégresse et de reconnaissance » (Traité d’Harmonie, 1722). Il est écrit, très classiquement, pour six solistes: soprano (2), haute-contre, taille, basse-taille, basse, et un chœur mixte à 5 voix.
L’œuvre eut une longévité impressionnante : elle devait être jouée en septembre 1725, au mariage du jeune Louis XV avec Marie Leczinska, fille du Roi de Pologne. Ce fut l’occasion d’une dispute traditionnelle entre Colin de Blamont, Surintendant de la Chambre, qui souhaitait le diriger, et Nicolas Bernier, Sous-maitre de la Chapelle, qui voulait faire entendre sa propre œuvre. Ni l’un ni l’autre n’eurent satisfaction, puisque Colin de Blamont dirigea l’œuvre de son rival !

Les paroles
Te Deum laudamus,
te Dominum confitemur.
Te aeternum Patrem,
omnis terra veneratur.

Tibi omnes angeli,
tibi caeli et universae potestates,
tibi cherubim et seraphim,
incessabili voce proclamant :

« Sanctus, Sanctus, Sanctus
Dominus Deus Sabaoth.
Pleni sunt caeli et terra
maiestatis gloriae tuae. »

Te gloriosus Apostolorum chorus,
te prophetarum laudabilis numerus,
te martyrum candidatus laudat exercitus.

Te per orbem terrarum
sancta confitetur Ecclesia,
Patrem immensae maiestatis;
venerandum tuum verum et unicum Filium ;
Sanctum quoque Paraclitum Spiritum.

Tu rex gloriae, Christe.
Tu Patris sempiternus es Filius.
Tu, ad liberandum suscepturus hominem,
non horruisti Virginis uterum.

Tu, devicto mortis aculeo,
aperuisti credentibus regna caelorum.
Tu ad dexteram Dei sedes,
in gloria Patris.

Iudex crederis esse venturus.
Te ergo quaesumus, tuis famulis subveni,
Quos pretioso sanguine redemisti
Aeterna fac cum sanctis tuis
in gloria numerari4.

Salvum fac populum tuum, Domine,
et benedic hereditati tuae.
Et rege eos
et extolle illos usque in aeternum.

Per singulos dies benedicimus te ;
et laudamus nomen tuum in saeculum,
et in saeculum saeculi.

Dignare, Domine, die isto
sine peccato nos custodire.
Miserere nostri, Domine,
miserere nostri.

Fiat misericordia tua, Domine, super nos,
quemadmodum speravimus in te.
In te, Domine, speravi :
non confundar in aeternum. Nous vous louons, ô Dieu !
Nous vous bénissons, Seigneur.
Toute la terre vous adore,
ô Père éternel !

Tous les Anges,
les Cieux et toutes les Puissances.
Les Chérubins et les Séraphins
s’écrient sans cesse devant vous :

Saint, Saint, Saint est le Seigneur,
le Dieu des armées.
Les cieux et la terre,
sont plein de la majesté de votre gloire.

L’illustre chœur des Apôtres,
La vénérable multitude des Prophètes,
L’éclatante armée des Martyrs,
célèbrent vos louanges.

L’Église sainte publie vos grandeurs,
dans toute l’étendue de l’univers,
Ô Père dont la majesté est infinie !
Elle adore également votre Fils unique et véritable ;
Et le Saint-Esprit consolateur.

Ô Christ ! Vous êtes le Roi de gloire.
Vous êtes le Fils éternel du Père.
Pour sauver les hommes et revêtir notre nature,
vous n’avez pas dédaigné le sein d’une Vierge.

Vous avez brisé l’aiguillon de la mort,
vous avez ouvert aux fidèles le royaume des cieux.
Vous êtes assis à la droite de Dieu
dans la gloire du Père.

Nous croyons que vous viendrez juger le monde.
Nous vous supplions donc de secourir vos serviteurs,
rachetés de votre Sang précieux.
Mettez-nous au nombre de vos Saints,
pour jouir avec eux de la gloire éternelle.

Sauvez votre peuple, Seigneur,
et versez vos bénédictions sur votre héritage.
Conduisez vos enfants
et élevez-les jusque dans l’éternité bienheureuse.

Chaque jour nous vous bénissons ;
Nous louons votre nom à jamais,
et nous le louerons dans les siècles des siècles.

Daignez, Seigneur, en ce jour,
nous préserver du péché.
Ayez pitié de nous, Seigneur,
ayez pitié de nous.

Que votre miséricorde, Seigneur, se répande sur nous,
selon l’espérance que nous avons mise en vous.
C’est en vous, Seigneur, que j’ai espéré,
je ne serai pas confondu à jamais.

 

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